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Les chroniques culturelles du RAFO
Semaine du 9 août 2021
 

Ingratitude d’une pouceuse envers un bon Samaritain
 
Chroniqueur : Lucille Fauteux
 
Québec et Ontario 1967-1970
Qu’est-ce qui me pousse à faire du pouce? Intrépidité? Soif de sensations fortes? Besoin insatiable d’aventure? Urgence de vivre des expériences insolites avec risques et périls? Les mesures de sécurité à ne pas négliger : 1) Jamais seule, non, mais en duo ou en trio 2) Du fric plein les goussets au cas où… et 3) Confiance en la bonne foi de l’humanité. Un seul souci : Comme il m’est impossible de falsifier ma véritable identité, j’espère ne pas rencontrer de parents de mes élèves car je suis enseignante. Paradoxalement, je veux circuler incognito tout en sollicitant l’aide d’autrui. La trouille? Je ne suis pas de nature froussarde.
 
Gaspésie 1967- L’Expo 67 révolutionne les mentalités et pave la voie à l’émancipation et à l’exploration du monde. Une ultime semaine de liberté chérie avant le retour au boulot. L’occasion est belle de prendre le large. Puisque je ne possède pas de voiture, je tente une première cavale en autostop sans me douter que je signe les prémices d’une pléiade de pérégrinations. Le cœur léger, les étincelles dans les yeux, la tête truffée de rêves, les papillons dans le ventre, la jeunesse de mes 20 ans, le tout s’harmonise et se concrétise en un grand tour de la Gaspésie. Plus de 2 000 km en perspectives! Rien de moins! Avec mes deux colocs, me voilà à la merci des âmes charitables. Un vent de liberté souffle. Le bonheur coule. Au fil du temps, l’expérience nous apprend que les titanesques camions-remorques, malgré leur vitesse rythmée au pas de tortue, font de longues routes. Lentement mais sûrement, petit train va loin. Un poids lourd s’arrête. La grandeur de l’habitacle est surestimée. Prestement, on s’engouffre et on s’entasse comme des sardines à quatre dans la cabine. Mon amie a les cuisses à proximité de la main baladeuse du chauffeur qui, trop souvent, utilise le levier de vitesses! On roule, roule, roule… jusqu’à un incident mémorable. Inopinément, le camionneur exhibe son porte-monnaie gorgé de gros billets en nous disant : « Juste pour voir, sans toucher! » Trois paires d’yeux incrédules roulent en direction du vieux vicieux. Quelle galère! Au secours! Heureusement, les dieux veillent. Même si on n’est pas encore à Gaspé, notre destination, c’est à Rivière-au-Renard que l’on s’arrache au diable illico, sans voix, le souffle coupé, dégoûtées, mais trop heureuses de déguerpir. À L’Anse-au-Griffon, par un beau dimanche après-midi, les véhicules ne se bousculent pas sur le bitume. C’est le calme plat. Notre balade ne progresse pas vite. D’interminables minutes sinon des heures s’égrènent quand une famille généreuse nous offre de monter dans sa voiture déjà sursaturée d’une grouillante marmaille! Mais, les mésaventures ne portent pas ombrage à cette inoubliable odyssée.
 
Chicoutimi 1968- Carnaval Souvenir. Trois jours de congé, on s’emmitoufle et hop! Sur le bord de la route s’amorce une excitante vadrouille. Trois jeunes enseignantes avec baluchon, tout excitées, déguisées en autostoppeuses, défient les éléments, vent, froid, neige, tempête… Et si le pouce ne fonctionne pas en hiver? Pas de problème, on peut assumer un billet d’autobus. Le merveilleux week-end nous enchante. L’évasion est envoûtante. Pas l’ombre d’un pépin. Grisées, on a le goût de récidiver. Le pouce est le sésame pour aller du point A au point B. C’est une belle drogue.  
 
Toronto et les légendaires chutes du Niagara 1969- À deux, cette fois. Long week-end de trois jours en mai. Avant d’amorcer ce périple, ma compagne suggère d’apporter peu d’argent afin de vivre une vie spartiate authentique de pouceuses, mais aux chutes on doit aller au guichet automatique car on risque de manquer de fric! On est loin, très loin, de La Bohème d’Aznavour! Les péripéties nous attendent sur la route du retour. Une voiture se pointe. Elle effectue le trajet direct Niagara-Montréal. Wow! Une explosion de joie. On a de la veine! On se sent des ailes aux semelles. Il appert que le chauffeur est sans le sou, vit une grosse peine d’amour, dort dans sa bagnole et n’a pour pitance que du pain et un pot de confiture. Comme il se fait tard, il faut s’arrêter, manger et dormir en route. Cet homme nous conduit au resto sans qu’on lui offre à manger, puis à l’hôtel sans qu’on lui offre une chambre. Pendant le trajet, la radio diffuse en boucle une chanson d’amour populaire (dont j’ai oublié le titre) et le malheureux verse des larmes chaque fois. Arrivées à Montréal, notre preux conducteur nous demande notre numéro de téléphone. Je lance discrètement un regard complice à ma compagne et on lui refile un faux numéro. Quand l’opportunisme l’emporte sur l’empathie et la compassion, ouste la gratitude! Pas question de dédommagement! Devant une telle générosité, je regrette de ne pas avoir offert à ce bon Samaritain qui le méritait bien soit un repas pour se sustenter, soit un lit pour récupérer, ou même un peu d’essence pour rouler. Il faut me pardonner. Mille regrets!
 
Ottawa 1969- L’Action de Grâces, à deux. Les gens avec qui on monte nous offrent de la bière et je me souviens que le trajet a été ponctué de grands rires. À Ottawa, on réserve une nuitée au YWCA. La réceptionniste s’informe à savoir si on connaît les règlements de l’endroit. Un gros oui mensonger fuse. Après avoir dansé une partie de la nuit à la discothèque, un petit imprévu se manifeste; la porte du Y est verrouillée. Dring! Dring! Dring! Il faut sonner la cloche à répétition pour sortir la réceptionniste des bras de Morphée. Ouche! La gêne et la honte! On apprend un peu tard qu’il y a un couvre-feu à respecter.
 
Abitibi 1970- Je me trouve chanceuse d’avoir une amie fidèle avec qui je vais faire un petit coucou à mon amoureux, un étudiant en génie minier, qui bosse à Noranda durant l’été. Cap sur l’Abitibi! Ulysse et Marco Polo au féminin ont l’opportunité de bourlinguer à nouveau. Cheveux aux quatre vents, on voyage encore avec notre moyen de transport préféré, un énorme camion. On sait qu’il s’en va loin. Youpi! Un service alléchant. Un petit bémol se dessine rapidement. Voilà que le routier se range en bordure de la route une fois, deux fois, trois fois… Mais encore? C’est quoi son dada? Il aime la bouteille. On poireaute à l’attendre. Les yeux interrogateurs, on avale notre salive et on cherche un plan B. Impossible de descendre pendant ces haltes obligées car on a commis la gaffe de mettre nos besaces dans la remorque. Après moult demandes persuasives, on récupère nos pénates et au revoir l’alcoolique! Ouf! Un long soupir de soulagement. Tout est bien qui finit bien. La mayonnaise a pris. L’étudiant en question est l’homme de ma vie depuis 50 ans. Un bouquet de roses perpétuel : trois roses ont fleuri et huit petits bourgeons s’épanouissent. Et ma conquête du monde se poursuit avec un éventail de moyens de transport des plus hétéroclites, sauf le pouce!
 
En me voyant dévorer le bouquin « Pouceux 60 récits de bord de route », un de mes fils apprend, à 33 ans, que sa maman était une routarde à l’âme vagabonde dans sa jeunesse.
 
 

 
Ma recette préférée
 
La meilleure des limonades
 
Ingrédients :
1 2/3 tasse de sucre
8 tasses d'eau
1 ½ tasse de jus de citron frais (environ 6 + citrons)
 
Méthode :
Dans une petite casserole, mêler le sucre et 1 tasse d'eau. Amener à ébullition.
 
Laisser refroidir à la température ambiante, puis couvrir et réfrigérer jusqu’à bien refroidi.

Faire le jus de citron. Enlever les pépins des citrons mais laisser la pulpe.
 
Dans une jarre, mêler le sirop refroidi, le jus de citron et les 7 tasses d’eau restantes.
 
 

 
Photo de prédilection
 
 
 
Auteure, enseignante, ex-pouceuse, épouse, maman et mamie
 

Pour lire toutes nos chroniques depuis le début, rendez-vous sur le site web du RAFO au www.rafo.ca
 
 Merci et à la semaine prochaine
 
 
 
 
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