Copy
View this email in your browser
Les chroniques culturelles du RAFO
Semaine du 29 mars 2021
 
 

 
Comme une cathédrale souterraine
 
Chroniqueur : Alton Legault
 
   Il y a quelques années (septembre 2013), j’ai eu le bonheur de visiter Barcelone et sa merveilleuse basilique, la Sagrada Familia. Conçue par l’architecte espagnol, pour le moins original, Antoni Gaudi, comme temple parfait, aux nombreuses tours, pour célébrer la liturgie chrétienne, elle est en construction depuis 1882 et n’est pas encore achevée. J’ai surtout été impressionné par les sentiments particuliers qu’on ressent une fois à l’intérieur de l’édifice. On se sent comme une poussière de lumière aspirée vers des hauteurs vertigineuses. Sans doute voulait-il créer un lieu spécial aux vitraux lumineux où on éprouve le sacré, cet étrange mélange de crainte et d’admiration devant une réalité qui nous dépasse, ou nous transcende comme disaient les anciens.
 
   Au sortir de cette expérience touristique, je me suis rappelé un moment semblable, vécu dans mon adolescence. C’était en 1960, j’avais 16 ans et je venais de compléter une première année d’études à l’Université d’Ottawa. J’étais de retour chez moi, à Cornwall, pour les vacances, mais surtout pour trouver un emploi d’été pour payer mes études.
 
   Il était coutumier, à l’époque, que les enfants des ouvriers de l’usine Courtaulds puissent décrocher, en priorité, des emplois d’été, au même salaire que les ouvriers réguliers; c’était donc un emploi attrayant et recherché. Mon père, ancien fromager de Glen Brook, à l’est de Cornwall, où je suis né, a dû abandonner son entreprise après la Deuxième Guerre mondiale et devenir simple journalier à l’usine Courtaulds. Il a été victime des grosses entreprises, comme Kraft, qui ont recruté ses fermiers, fournisseurs de lait, en leur promettant le ramassage du lait par camion. Nous nous sommes donc retrouvés en 1947, une famille de 6 garçons et une fille, en ville, au 231 rue Belmont, dans la paroisse St-Félix-de-Valois, à quelques rues de cette immense usine. Celle-ci disposait de hautes cheminées crachant ses gaz toxiques et malodorants et d’un dépotoir à ciel ouvert s’épanchant derrière l’usine. À la tombée du jour, la sirène de l’usine annonçait le couvre-feu ou l’heure d’entrée des jeunes au moment même où la bruine de la brunante imbue de poussières polluantes descendait et les gens crachotaient à qui mieux mieux, croyant souffrir d’asthme ou autres maladies respiratoires. Cornwall était alors littéralement senti et ressenti à grande distance par ses arômes industriels.
 
   J’ai donc eu la chance de décrocher un emploi à Courtaulds, à l’été 1960. Je ne savais pas à ce moment-là la tâche spéciale qui m’incombait. On ne m’assigna pas les tâches dans les salles de tissage ou dans les séchoirs; une tâche bien spéciale m’attendait. On avait décidé qu’il était temps de faire l’entretien des souterrains de l’usine. J’ai été recruté avec quelques autres jeunes chanceux sous la direction d’un ouvrier d’expérience. La tâche consistait à remettre en état les conduits souterrains qui recueillaient, sous les machines à tisser, l’acide et autres produits toxiques pour les acheminer vers l’une des grandes cheminées d’où ils ressortaient comme une belle fumée d’encens sur fond de ciel bleu, par temps ensoleillé; de quoi faire un beau tableau de peintre. Scène de purification industrielle. Notre tâche était donc de nous accroupir, couchés sur des planches avec petites roues dans d’étroits conduits, à piocher avec un marteau piocheur les bulles d’acide cristallisé qui rongeaient les parois goudronnées. On y passait ensuite le boyau pour enlever les détritus refoulés vers la grande cheminée. Finalement, l’ouvrier spécialisé qui nous accompagnait, couché sur sa planche à roulettes, avec en main un seau de goudron chaud et fumant et une truelle, remplissait les trous laissés dans les murs par notre travail de piochage – ça fait beaucoup penser à la façon dont on répare les nids de poule dans nos rues au printemps – mais dans un espace renfermé, genre pas plus de 4 pieds par 4 pieds.
 
   Pour accomplir cette tâche et assurer notre sécurité, sinon notre santé, il fallait qu’on enfile de vieux vêtements (pas fournis), des gants, des lunettes évidemment, et des bas de soie noués à un bout comme une toque japonaise, (tissés sur place) qu’on enfilait sur notre tête avant de descendre dans le trou des conduits. On avait droit aussi à une lampe à cordon qu’on traînait avec nous pour bien voir les dégâts à réparer. Quand on en ressortait, soit pour la pause, le dîner ou pour le retour à la maison, on avait l’allure des ramoneurs de cheminée noircis par tout le corps par la suie. Dans notre cas, ce n’était pas de la suie, mais plutôt un mélange de poussière d’acide et de goudron.  De retour à la maison, on devait prendre, non seulement un bain, mais au moins deux, pour se décrasser de ce baume brunâtre infecte. Je me rappelle que le bain y perdait sa belle blancheur; il était d’un brun dégoûtant; on devait évidemment le frotter pour lui redonner une parure respectable pour les autres membres de la famille.
 
   Malheureusement, au cours de notre opération de mise au propre des souterrains de l’usine, il y eut une victime. Notre ouvrier-expert y a laissé sa peau à l’ouvrage, emporté par une crise cardiaque, sans doute échaudé par le goudron fumant. Heureusement, on a jugé bon de retirer son corps de l’étroit réduit où il était coincé comme dans un cercueil industriel pour le remettre à la famille. Et dire qu’on enterre les évêques et autres personnages sous les pierres des cathédrales. Sans doute, dans son cas, sa présence éternelle aurait trop obstrué les voies respiratoires de l’usine.
 
   Je ne dis pas cela pour remettre en question l’importance de bien dégager les voies nasales des grandes usines. Si je parle de cette expérience, c’est bien, comme je l’ai dit au début, pour parler d’une expérience quasi-spirituelle vécue. Après plusieurs semaines de piochage, nous nous sommes rendus compte que ces nombreux conduits débouchaient tous sur une grande salle chapeautée par une immense cheminée. On y avait installé tout un échafaudage et un circuit de lampes à la lumière blafarde pour qu’on puisse remettre à neuf les murs briquetés. C’est là que j’ai fait mon expérience – je m’en souviens comme si c’était hier – couché sur l’échafaudage, en attente d’un avertissement de retour au travail par le surveillant zélateur. J’ouvris mes yeux empoussiérés, portai mon regard vers le haut et vit un halo de ciel bleu azur formé par le trou de la cheminée, transcendant la saleté et les odeurs nauséabondes de cette grande salle caverneuse et infernale. Je me suis senti comme une poussière, un peu goudronné évidemment, aspirée vers le haut dans l’espoir d’y retrouver un air pur et rafraîchissant. Oui, je me retrouvais dans une cathédrale industrielle mais souterraine … et j’avais contribué, un tant soit peu, à son maintien, sans prières mais avec beaucoup de toussotements en signe de respect et d’admiration… et de soumission. Et dire que cette institution patrimoniale a été rasée et n’existe plus aujourd’hui et qu’on ne saurait plus reconnaître à distance la présence de Cornwall par ses arômes industriels.
 
 


 
Ma recette préférée
 
 
Sauce à spaghetti pour couple
 
Ingrédients
 
2 livres (.907 kg) de viande hachée
1 oignon finement haché
1 cui. à table de beurre
1 boîte (796 ml) de tomates en dés
1 boîte (284 ml) de crème de tomates (soupe sans eau)
1 boîte (156 ml) de pâte de tomates
1 boîte (156 ml) d’eau
1 cui. à table de vinaigre
1 cui. à thé de sel
½ cui. à thé de poivre
1 cui. à thé d’épices italiennes
½ cui. à thé de piments secs
3 ou 4 feuilles de laurier
1 boîte (284 ml) de pièces de champignons égouttées
2 cui. à table de farine (pour épaissir)
4 cui. à table de sucre
 
Méthode
  1. Placer la viande, l’oignon haché et le beurre dans une casserole à micro-onde; chauffer à haute intensité (high) dans le micro-onde pendant cinq (5) minutes.
  2. Retirer du micro-onde et ajouter tous les autres ingrédients et bien mélanger.
  3. Cuire le tout dans le micro-onde à l’intensité 50 (mijoter) pendant 30 minutes.
  4. Épandre la sauce sur les pâtes de votre choix; c’est bon pour 6 repas à deux.
  5. Pour conserver la sauce, verser des portions dans 6 casseaux de 454 g et mettre dans le congélateur. Il suffit de dégeler un casseau à la fois pour un bon repas en couple.
 P.S. : Cette recette nous a été transmise par Mme Lise Leduc, une voisine et amie de St‑Timothée.

 
Photo de prédilection

Usine Courtaulds
 
 
 
 
 


 
Vous désirez, vous aussi, raconter une histoire amusante ou cocasse, qu’elle soit tirée d’un fait réel ou inventée de toute pièce? C’est facile.
 
Inscrivez-vous en téléphonant au RAFO au 613-834-6808, poste 0, ou envoyez un courriel à info@rafo.ca  Nous vous donnerons tous les détails avec plaisir.
 
Merci et à la semaine prochaine.
Twitter
Facebook
Site web
Copyright © 2021 Rendez-vous des aînés francophones d'Ottawa, Tous droits réservés


Ajoutez-nous à votre carnet d'adresses

Désirez-vous modifier comment vous recevez nos courriels?
Vous pouvez mettre à jour vos préférences ou vous désabonner de cette liste.

Email Marketing Powered by Mailchimp