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Hello <<ton plus beau prénom>> !

Comment vas-tu ?

Toujours bien de mon côté 😃 

Je t’écris depuis Big Bear, mile 266,1 (428 km). 
🎉 
(On n’a plus qu’à faire ça 9 fois 😜)
Il est maintenant loin ce mur...

2ème lessive et 2ème shampoing depuis le 1er mai.
Quel luxe !

 

Un peu de repos, une bouteille de butane et de quoi nous nourrir pour les 7 prochains jours et on repart vers Wrightwood.

 

56 miles depuis les dernières Niouzes de Cabazon et chaque journée a apporté son lot de difficultés :

  • porter 4 litres d’eau sur 16 miles en montée (25,75 km),
  • traverser 48 fois la même rivière quasi à sec avec des berges hautes, sablonneuses, des pierres instables (les fameuses Rolling Stones), des buissons piquants,
  • perdre le sentier dans les broussailles, les éboulis ou les arbres en travers,
  • affronter le vent à flanc de coteau,
  • descendre le plus possible pour camper à l’abri des arbres avec des vents violents qui nous ont arrosés de poussière fine, à travers les moustiquaires. -8’C à 2250 m, nos doigts ont besoin de temps et des rayons du soleil pour dégeler...

En parlant de vent à décorner les bœufs (ou nous pousser dans le vide), j’en pouvais plus à la descente de Mount San Jacinto. 

Ca soufflait si fort que Nate hurlait dans le vent que les personnes qui ont tracé le sentier sont des incapables qui nous font sans cesse remonter 😂.
Chacun sa technique pour prendre son mal en patience... 

Bref, parvenus en bas de la montagne... à un miraculeux robinet d’eau non potable (mais non potable n’est pas impossible pour nous 😃), une heureuse bande de reposait à l’ombre, les orteils à l’air et comptait passer la nuit sur place.

On avait déjà presque 20 miles dans les pattes et mes tibias étaient sensibles mais on décide de pousser au bout de la route goudronnée (la première en 17 jours !).
Il est 18h, le soleil cognait moins fort et avec un peu de chance, on pourrait faire du stop et manger nos premiers cheeseburgers depuis le départ...

 

Sauf qu’à la sortie de la route d’accès au Watershed de la Desert Water Agency, la route perpendiculaire ne mène pas à la route principale (interstate) qu’on doit traverser pour atteindre la « ville » de Cabazon... 

Et moi qui espérais faire du stop !

Pas le choix, il faut traverser un no man’s land battu par les vents sur plus de 3 miles. 

C’est plat, certes. mais aucune végétation pour briser le vent. Et du sable pour couronner le tout...

Le vent violent me stoppe net, me fait pleurer les yeux, me gifle le visage, Nate a l’air d’avancer sans trop de difficulté. 
Comme d’habitude !

Je regarde le soleil se coucher à ma gauche, derrière les montagnes qui rougissent. Les montagnes en face de moi bleuissent et me rappellent ma grand-mère béarnaise qui en grandissant dans le piémont pyrénéen rêvait enfant de ces montagnes bleues (grande déception à la découverte de montagnes grises lors d’un voyage scolaire). 

J’apprécie les cailloux que j’enjambe, souvent en forme de cœur, ils me font penser à mon amie Tina qui les photographie et les partage avec un groupe d’amies.
Elle qui se débat avec des problèmes de santé. 

J’imagine mon amie Prisca me dire « moi aussi je veux faire ça, marcher à travers les Etats-Unis pendant des mois ! »

Alors de quoi je me plains ? 

Un pas à la fois, je progresse.

 

On arrive au bout, on touche la 2 x 2 voies mais pour le tunnel, il faut la longer, dans le bruit assourdissant et les odeurs d’échappement. Quel changement de décor après le calme et la beauté des montagnes les jours précédents, la veille, le matin... il y a quelques heures encore.

 

20h.
Enfin on remonte vers le pont.

Celui de la voie ferrée, puis celui de l’Interstate. On entend des voix.
Joyeuses, enthousiastes mais on ne voit rien encore.

Des tables, des chaises, un faible éclairage.

Mama Bear et Vic sont là.

Ils ont apporté des glacières avec des boissons fraîches, des hot-dogs, du banana bread fait maison, des oranges, des pommes, des cookies, des bonbons. 

Mama Bear insiste pour qu’on mange toujours plus.

Elle est trail angel depuis 2019. 

Après le suicide de son mari, aider les thru-hikers l’a aidée à se remettre sur pieds.

 

Elle nous parle de ce film qui lui a profondément parlé « collateral beauty » (le titre français c’est « beauté cachée »).
La mort de son mari lui a ouvert les yeux sur les actes de générosité qui se produisent chaque jour.
Dans les 2 jours qui ont suivi le décès, 5 personnes lui ont proposé de l’argent, beaucoup d’autres encore de l’aide.
« Je suis beaucoup plus reconnaissante aujourd’hui que je ne l’étais il y a quelques années. »

 

Mama Bear n’accepte pas d’argent directement. Notre participation va à l’association Hike for Mental Health.

 

Ça me parle. 

 

Mon amie Prisca aussi s’est suicidée il y a 3 ans. Elle ne savait pas qu’elle souffrait de maladie mentale et ne pouvait donc pas trouver d’aide...

 

Yuna est là aussi, elle s’est déjà installée pour la nuit. Sous le pont, sans tente (« cow-boy camping ») protégée du vent.

 

On l’imite.

Épuisés, le cœur joyeux.






L’oasis sous les ponts


Belle soirée/journée,

Beau voyage à toi !

Perrine


Podcasts 
(1) Viens traverser l'Atlantique en 45 minutes !
(2) Mes voyages post-burnout et ma rencontre avec Nate


Pacific Crest Trail
Presse. Article pré-PCT sur French Morning.
Tous les articles du blog se trouvent ici.
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