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épique — issue #18

Juillet 2019
C’est une édition d’été que celle-ci, avec des textes sensiblement plus courts, qui se liront plus vite sur le feu du sable sans que la réflexion solaire sur les écrans assombris de vos téléphones en surchauffe...

<Fast rewind>

Dans les médias, on parle toujours de l’été comme si tout le monde était barré sur la plage de Pampelonne dès les prémices du mois de juillet jusqu’aux premiers frimas d’automne, et ce marronnier plein de gaieté, ou plutôt ce gros cliché de merde, m’a souvent fatiguée. Ici je dis «souvent» et pas «invariablement» parce que j’ai dû commencer à trouver ça lourd qu'on me parle de plage quand je n'y suis pas à partir du moment où j’ai connu les joies dévorantes et continuelles du salariat. J’ai donc une pensée pour ceux qui, étrangers aux concepts de fermeture annuelle ou de congés d’été, se trouvent dans l’incapacité de prendre congé, et devront se contenter d'une seule semaine de vacances, de petits «ponts», ou d’une paire de RTT distribuées autour d’un week-end, afin que ça vaille le coup de prendre un TGV. Encore à l’essai, ou juste pas tranquilles, ils n’oseront pas imposer leur calendrier à une hiérarchie qui pourrait manquer, pour ainsi dire, de plasticité, comme ça arrive beaucoup aujourd’hui, dans un marché de l’emploi fortement déséquilibré.

À tous les autres : 🥥🌴🍌
passez de bonnes vacances d'été <3 !! 🥭🏝️🍋

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Lucrativité de l’indignation
Ex stagiaire chez Apple, diplômé de Stanford en CompSci et ex googler, Tristan Harris a récemment fondé la non profit «Center for Humane Technology». Sur ces bases, convenons qu'il pourrait s'agir de quelqu'un bien. (Et si l’on en croit les photos de presse, l'ingénieur et militant en éthique du design avait d'ailleurs bien plus de panache que Mark Zuckerberg lors de son passage devant le congrès américain.) 

Harris assure que l’indignation qu'on peut lire chaque jour sur les réseaux sociaux a une valeur marchande toute mesurable. Partant de là, il devient possible d'arguer que cette indignation représente une source de revenu impossible à écarter du business model d'entreprises publiques telles que Facebook ou Twitter, puisque ces dernières ont pour obligation de maximiser les profits de leurs shareholders.

« It’s calculating what is the thing it can show you that gets the most engagement, and it turns out that outrage, moral outrage, gets the most engagement. It was found in a study that for every word of moral outrage you add to a tweet it increases your retweet rate by seventeen percent. In other words, the polarization of our society is actually part of the business model. »
 

Il a pu être établi que pour chaque terme relevant du champ lexical de l’outrage moral ajouté à un statut Twitter, les chances de retweet augmentaient de 17%. Un statut indigné génère donc davantage d'activité sur la plateforme, c’est à dire davantage de revenus.

De cette observation, on peut déduire deux choses. L’une concerne la plateforme et l’autre, l’utilisateur — qu’il soit un particulier ou un annonceur :

1. Plus une entité est soucieuse de générer de l’activité sur son compte (recevoir des likes, des retweets, obtenir de nouveaux followers), plus elle aura tendance à choisir l’indignation comme registre d’expression, notamment lorsqu'elle a assimilé, de façon consciente ou non, que ce registre est associé à une dynamique de gain.

2. Les réseaux sociaux, dont le business model repose sur les impressions de publicité, qui augmentent de façon linéaire avec le nombre d'utilisateurs ciblables à un instant t, ont tout intérêt à provoquer et entretenir l’indignation, qui reste une excellente, sinon la meilleure garantie d'activité sur leur plateforme.
 
Au vu des transes que génère quotidiennement l’actualité de Donald Trump (y compris lors d'épisodes de canicule), j’imagine qu'il existe des data scientists en charge de prédire les pertes de revenus sur le long terme que pourraient engendrer sa non réélection à la présidence de États-Unis (en réalité, étant «du métier», je suis à peu près certaine que cette éventualité a été sérieusement étudiée et chiffrée.)

Pour les réseaux sociaux, l'indignation constitue une manne financière de premier choix. Elle est infinie, renouvelable, et son coût de production est quasi nul (réductible, peut-être, pour Twitter, à quelques charges d'entretien d'infrastructure). Dans les faits, on peut dire que le coût de production de l'indignation est entièrement pris en charge par la presse (qui paie piges et salaires) et les utilisateurs (qui donnent pas mal de leur temps, comme chacun sait, dans cette affaire).

Une fois déclenchée, l'indignation est on ne peut plus simple à répandre, propager : c'est là que Twitter intervient, avec sa product science de premier ordre, pour mieux l'exposer (voilà une autre dépense à ajouter aux comptes de charges de l'entreprise de Dorsey : le développement coûteux d'outils d'analyse capables de porter n'importe quelle «tendance» à son potentiel lucratif maximal). Par la suite, aussitôt l'indignation mise en place, hégémonique, virale, les fruits sont récoltés (par la régie de publicité). En terme de création de valeur, peu de modèles d'affaires peuvent s'enorgueillir d'une telle efficacité. Il y a bien Google, qui a réussi à faire commerce de l'ensemble des mots en usage dans tous les alphabets. La matière à indignation requiert tout de même plus de travail, en ce sens qu'elle ne se contente pas de mots en vrac, à la manière du produit à 100 milliards de dollars par an qu’on appelait hier encore AdWords, mais de mots 
organisés au sein d'un storytelling (encore une fois pris en charge par la presse et les utilisateurs). Cependant Twitter n'a jamais eu besoin de scandales sophistiqués : il est aisé de vérifier que la plupart des gens ne s’informent pas avant de s’énervercomme vous avez déjà pu le deviner ou le constater (leur comportement tient d'une recherche d’exposition, et non de connaissance ou de vérité.)



Le caractère ignorant de la plupart de ces emballements (qui donnent lieu, au passage, à de l'exagération, de la mauvaise foi, des insultes et du mensonge — autant de choses qui permettent, comme on le sait, de se distinguer) a pu être prouvé grâce à un très rudimentaire relevé de données. Il aura suffit de comparer le nombre de 
retweets reçus par un statut contenant l'url d’un article de presse (métrique collectée par Twitter, publique) avec le nombre de lectures, voire même même d’ouvertures de ce même article (métrique collectée par le journal ayant publié l'article, privée).

Ainsi, concernant un fait rapporté par voie de presse, le taux d’utilisateurs indignés quoi que peu renseignés (ceux qui ont cliqué pour ouvrir l'article, mais ne l'ont pas lu en entier) peut se calculer ainsi :

(1 - (nb lectures / nb retweets)) x 100 

On peut aussi déterminer le taux d’utilisateurs indignés, quoi que pleinement ignorants (ceux qui n'ont même pas pris la peine de cliquer pour ouvrir l'article) — chiffre qui représente un indicateur encore plus humiliant :

(1 - (nb ouvertures / nb retweets)) x 100

Pour un article ayant été ouvert 300 fois et retweeté 30,000 fois, comme dans l’exemple précité, le taux d’utilisateurs indignés, quoi que pleinement ignorants, atteint les 99%.

C’est à dire que 99% des utilisateurs[1] ayant retweeté l'article n'en avaient même pas survolé l'introduction, ignoraient, de fait, de quoi il était question, et se sont exprimés dans le seul but de pouvoir s’ambiancer en meute sur la base d'un titre, ou d’autres métadonnées, comme la popularité déjà acquise de l'article au moment où ils l'ont repéré sur Twitter, ou les comptes s'en étant déjà emparé, visibles à la fois au dessus du statut via l'énoncé «X retweeted», ou dans la section Trends, via la phrase «X and Y are Tweeting about this»).



1. Notons — puisqu’il y a une justice — que ce pourcentage pourrait également correspondre à celui des comptes ne présentant aucun intérêt.

Nouvelle attaques morales sur le jeu vidéo
Ci-dessous un tweet (il convient, pour ceux qui ne l'ont pas encore fait, d'afficher les images) que j'ai eu la chance de lire grâce au commentaire sarcastique d'un mutual. Attention, prenez bien le temps de lire, c’est important pour la suite, que vous devinez longue, à juste titre. Enfin dans le pire des cas le tweet en question restera affiché ici, en début de texte, et vous pourrez toujours y revenir (car après tout, il ne faut pas bouder son plaisir).



Ci-dessous, quand même, le texte, pour ceux qui n'auraient pas affiché les images 
This is your friendly reminder that if you're a #gamedev and your project's core gameplay is killing people/things, there's a fair chance it's going to be boring. Might be fun/interesting to rethink your design. Here's a list of games that are based on verbs other than "kill" 🔽

Précisons que l'auteur de ce poème est un développeur indépendant français. Précisons aussi qu'il vient du journalisme, puisque comme chacun sait, j'ai une passion pour certains pisse-copies «spécialisés dans le jeu vidéo», ou plutôt, pour la variété toute spectaculaire de leurs complexes de supériorité. Ajoutons que ça n’est pas la première fois que j'entends parler de cette idée, comme quoi ça n'est plus drôle, ces jeux où il est nécessaire de tuer. À l'instar de bon nombre de théories reprises sur Twitter, celle-ci n'a pas été pensée, en premier lieu, par celui qui en fait la publicité, mais piquée ailleurs (je n'ai pas cherché la source, mais j'imagine que ça vient la tribune woke-ish d'un magazine pour hipster-gamers, sinon d'une quelconque université américaine — de celles où l'on a plus tout à fait la liberté d'enseigner.)

Mais revenons. L'auteur du tweet précité semble affectionner de produire des histoires interactives. Des jeux du réel, écrit-il, peut-être avec une certaine fierté ; comme si la réalité avait le loisir de toiser la fiction, depuis sa petite fenêtre dégueulasse et étriquée. En l'occurence, les jeux du réel en question me rappellent ces QCM illustrés auxquels on expose parfois les salariés, afin de s’assurer qu’ils sont bien du genre à se surveiller sur les calembours racistes, ou refuser quelques pernicieuses invitations à dîner. Naturellement, quand il s'agit de me détendre, je préfère me tourner vers d'authentiques jeux vidéo plutôt que d'ennuyeuses applications textuelles visant à compléter l'éducation que mes parents et Isabelle Chazot auraient laissée inachevée. Cependant mes goûts personnels, ici, n’ont pas à être évoqués ; je souhaitais m'en tenir au simple commentaire du texte précité. 

Car 
j'aime beaucoup ces «friendly reminders» que bon nombre de personnes aiment à publier sur Twitter (ces déclarations, aussi amicales que pouvait l'être la kapo du bloc D, viennent par ailleurs étayer mes notes en ce qui concerne les complexes de supériorité). Pour l’heure, laissons néanmoins de côté le ton navrant de cette suggestion aussi péremptoire que déplacée, et chassons d’emblée les questions qui pourraient nous envahir l'esprit (à qui s’adresse l'auteur du tweet ? En quelle qualité ? Consul ? Pape ? Empereur ? Était-il sobre, ou complètement pété ? Se montrer si pontifiant lorsqu'on est pas exactement Kim Swift ou Peter Molyneux, n'est-ce pas déraisonnable ? Quel est le niveau de mégalomanie requis pour s’arroger le droit de conseiller à toute une corporation de «repenser son gameplay» ? Est-ce là l’expression ratée de salutations confraternelles qui se voulaient avant tout cordiales ?)

Lorsque je lis de telles consignes, la chose que je remarque en premier, c'est que ce
 discours pédant, farouchement maximaliste sur le plan moral, comme quoi les jeux vidéos les plus amusants n’appartiendraient qu’à ces genres où il n’est jamais trop question de tuer, ressemble à s'y méprendre avec un accessoire de performative wokeness, pour peu qu’on en cherche ses motivations réelles, sous-jacentes. Il me semble que cette déclaration, qui tente de faire la démonstration de l'attention portée par son auteur à une pratique que d'autres pourraient qualifier de louable (délester le jeu vidéo du meurtre simulé), constitue en réalité un très bon exemple de mise en scène de vigilance[1]. Et ce quoi qu’elle partage l’essence du couplet condamnatoire et désormais vingtenaire de la célèbre association Familles de France.

Évidemment le propos, autrefois réactionnaire, comme quoi les jeux violent, c'est pas bien, est ici repris et retapé par des habitants du onzième arrondissement de Paris. Leur compagnes ont équipé la cuisine d'un lombricomposteur chiné sur Aliexpress ; quant à eux, ils portent des bretelles anglaises et honorent à fréquence régulière des rendez-vous chez le barbier. Autant dire qu'ils sont gentils. Et pourtant, c'est toujours de la même chose dont il s'agit, à savoir, décrier certains jeux, porter sur eux le discrédit. À ceci près que l'association de familles s’inquiétait pour la santé mentale des jeunes, là où d’autres tentent, en vain, de stigmatiser nombre de franchises, ringardiser certains développeurs, et culpabiliser une majorité de joueurs dans le but d'orienter le marché et les investisseurs vers le genre de créations «ludiques» qu'ils ont pour ambition de produire.

À ces fins, notez combien le vocabulaire est important, et même critique. Le game designer averti et éveillé, dans le but évident de venir à bout de quelque problème majeur de société, remplacera la formule «jeux violents» (un terme réac, trop débattu, presque éculé, et devenu par voie de presse un cliché) par «jeux dont le gameplay est orienté autour du verbe tuer». C'est là une façon moins mainstream et plus professionnelle de s’exprimer, qui a aussi l'avantage de ne pas reprendre les couleurs conservatrices des opposants historiques à la «violence» vidéo-ludique, tout en gardant le propos intelligible pour son public cible : joueurs, salariés de l'industrie, journalistes.

Cependant ça n’est pas tout que de vouloir se montrer altruiste, philanthrope ; à la fois plus noble et préoccupé par le devenir de la société que ces barbares de développeurs AAA (ceux dont on aime, en plein scandale médiatique injustifié, à résumer les prouesses à l'animation de couilles de chevaux quand on est soi-même même pas foutu de comprendre la consigne d'un test Fizz Buzz.). Disons qu'il convient parfois d'avancer des preuves plutôt que de la merde vite théorisée, ou calquée sur la pensée d'un(e) autre (exercice pas évident, j'en conviens, dès lors qu'on a pour habitude de se rouler dans la mauvaise foi tel la truie dans sa bauge dès qu'on en avise la moindre opportunité). Parlons par exemple de cette classification fun/boring, pour le moins arbitraire. L’auteur du tweet se livre ici à une étrange régression logistique : tout jeu dont le gameplay tournerait autour du verbe «tuer» aurait plus de chances d'être ennuyeux qu’un autre type de jeu («a fair chance», dit-il, histoire de ne pas trop se mouiller, à la manière des fragiles qui n'aiment jamais trop s'approcher des chiffres, des données). Partant de ce postulat, parce que nous sommes des gens logiques et rigoureux, au fait des opérateurs logiques et de comparaison, nous inférons que tout jeu dont le gameplay tournerait autour du verbe «planter» (des tubercules, dans un potager), aurait moins de chance d'être ennuyeux, ou davantage de chances d’amuser, qu'un jeu dont le gameplay tournerait autour du verbe «tuer» (appelons le «jeu violent», puisque cette newsletter se veut plus axée sur le fond que les effets de lexique). 

Pourtant, nous savons bien que ce paramètre là, le gameplay central, ici désignée par les verbes «planter», ou «tuer», n’est en aucun cas discriminant à l’amusement, au «fun» ; qualités subjectives dont l’appréciation reste fortement soumise aux goûts de chacun. On peut développer un jeu ennuyeux dans lequel il sera avant-tout question de tuer, comme on peut développer un jeu ennuyeux dans lequel il sera avant-tout question d'entretenir un potager. Il n'y a pas de direction, de gameplay plus noble qu'un autre ; on trouve dans chaque genre des œuvres réussies et des œuvres ratées. Ainsi, on peut développer des jeux ennuyeux quelqu'en soit le gameplay central (tuer, planter), ou bien, on peut développer Half Life et Stardew Valley (tuer, planter) et gagner, dans ces deux derniers cas, énormément d’argent (cet argent gagné étant — et j’en suis fort désolée pour le développeur/militant/prédicant précédemment cité — un excellent marqueur de l’amusement que les joueurs tirent d’une production donnée, et peut-être la seule façon de mesurer ce dernier.)


Entre vous et moi la vérité, c’est qu’on peut surtout développer des jeux ennuyeux lorsqu’il convient, pour progresser dans l'histoire, de cliquer sur du texte pour dérouler une structure de données arborescente dont les nœuds contiennent des dialogues visant à compléter l'éducation que nos parents, et peut-être aussi Isabelle Chazot, auraient laissée inachevée ; activité à laquelle je trouve personnellement peu d’intérêt, préférant la lecture d'un roman truffé de mauvais sentiments à une heure d'ennui ferme devant mon écran, fût-il Retina et impeccablement nettoyé — mais encore une fois mes goûts personnels, ici, ne sont pas le sujet.

Si je ne peux m’empêcher de remarquer tout de suite le caractère fabriqué de ce genre de propos, leur incroyable malhonnêteté intellectuelle, il m’est tout aussi difficile de ne pas voir qu'ils sont systématiquement portés par des personnes souvent dans l'incapacité (technique, financière) de développer un moteur 3D, technologie pas forcément indispensable, quoi que souvent nécessaire, pour donner corps à la si décriée mécanique «capturer/éliminer» (tuer).

Je ne dis pas que c’est forcément l’incompétence ou le manque d'argent qui ont dicté le parti pris de ce développeur, vxixgwtgm ngx ixklhggx wtgl e’bgvtitvbmé wx ikhwnbkx vxkmtbgl mrixl wx cxnq ihnkktbm vahblbk wx exl wégbzkxk obt ngx ikhvéwé wx vhffxgmtbkx lhiablmbjné (obltgm à enb hyykbk ngx vtnmbhg ihebmbjnx) ienmôm jnx ytbkx et itbq toxv lxl ikhikxl etvngxl (ikhvxllnl whnehnkxnq, be xlm oktb). Ngx mxeex ibkhnxmmx vhffngbvtmbhggxeex («cx gx ytbl itl wx cxnq obhexgml itkvx jnx v'xlm fte», ienmôm jnx «cx gx ytbl itl wx cxnq obhexgml itkvx jnx cx gx ltbl itl ytbkx») tnktbm wx mhnmx ytçhg wx jnhb léwnbkx, wn vômé wx vxmmx xlièvx obmx vneitubebléx jnb uhbm mhnchnkl ohehgmbxkl et mbltgx kbzhkblmx jn’hg enb lxkm. Gtmnkxeexfxgm, xeex lxkt mkèl obmx kxcxméx itk exl tvmxnkl ienl évetbkél vtituexl wx ebkx xgmkx exl ebzgxl ihnk r wévxexk exl bglmknfxgmtebltmbhgl xg mhnm zxgkx. W'tnmtgm jn'hg gx ot itl lx fxgmbk, et ienitkm w'xgmkx ghnl ixbgxkhgm à lx lxgmbk vhnituexl ihnk jnxejnxl axtwlahml, ynllxgm-bel vhffbl wx gnbm lnbmx à ng xgeèoxfxgm tn etllh obltgm à wéihnbeexk et obvmbfx wx lxl ihllxllbhgl tn ybg yhgw w’ng ftktbl géh-hkeétgtbl. Jnb itkex wx cxnq obwéh toxv lhg ilr ? Mhnm çt ihnk wbkx jnx c'tb ktkxfxgm on wxl tkmblmxl tohbk wn lnvvèl xg xlltrtgm w'hulmknxk ngx oxbgx itkvx jn’bel g’hgm itl exl fhrxgl w’r vkxnlxk.

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1. Pour traduire cette merveilleuse expression qu'est «performative wokeness» en français.

2. À e'bgoxklx w'tnmkxl ytvmxnkl, vhffx ftgjnx w’bgoxlmbllxfxgml wtgl e’éwnvtmbhg xm et kxvaxkvax.

Adversaires numériques secrets 
The Atlantic explique ici qu’il conviendrait, pour se motiver à la tâche et être davantage déterminé, d’avoir une ou plusieurs nemesis numériques.

Oh, bien sûr, je vois bien (nous voyons tous) de quoi il s'agit. Cependant, 
je ne suis pas certaine de la puissance d’un tel antagonisme. Avoir envie de faire mieux, très bien, mais avoir envie de faire mieux que qu'une personne qu’on méprise, au fond, pour N raisons ? C’est là un levier qui me semble un peu faiblard, pour ne pas dire toxique.

Personnellement je puise de la motivation dans les collaborations bienveillantes ou les grandes admirations, et considère le ressentiment ou la rivalité comme des sentiments délétères. Il ne me semble pas que de telles dispositions soient propices à la créativité ; elles m'évoquent davantage une prison, un truc dans lequel on ne s'entend plus penser.

Il m’a été donné d’observer des personnes pétries de jalousie, des gens amers au constat de la réussite des autres. Il est clair que leur émotion ne les aidait pas. Les plus brillants ont perdu leur temps à rager contre une actualité qui aurait dû ne jamais les atteindre, quant aux autres, plutôt que de travailler (ce qui était, dans leur cas, une absolue nécessité), ils se sont répandus en haine, en médisance et naturellement par la suite, en déprime. Certains parmi ceux-là aiment à compulser les articles de presse traitant de «procrastination» ; un mal dont ils se savent évidemment atteints, depuis un auto-diagnostic rondement mené (c'était un mardi soir, après un épisode de Law & Order ; ils venaient d'écraser un joint). Il me semble bien, pourtant, que le terme «procrastination» (un euphémisme américain appartenant au champ lexical de la maladie, soit, une condition indépendante de la volonté) a pour fonction première de proposer une alternative au statut d'énorme branleur qu'on se refuse, parfois, à endosser. Déni contre productif s'il en est, puisqu'une telle abdication, à la fois vertueuse et pleine de maturité, pourrait être l'occasion de déclarer la guerre à sa nature profonde de tire-au-cul, plutôt que de se ruiner dans une vaine et perpétuelle opposition à la réussite des autres. Mais trêve d'analyse psychologique à la petite semaine, après tout ici ne se tiennent pas les assises de l'école de psychanalyse lacanienne ; l'important, vous l'aurez compris, c'est que dans ces histoires de comparaison et de jalousie, chacun perdait son temps, et qu'au pays de la haine et de la convoitise, il n'y avait pas de gagnant.

Ehkljnx c’évkbl wx et ybvmbhg, c’tb mhnchnkl xg mêmx wxl œnokxl jnx cx vhglbwèkx vhffx wxl lhffxml, évkbmxl itk wxl tkmblmxl mtgmôm fhkml, lbghg vnemxl. Toxv fxl fhrxgl tgxvwhmbjnxl xm lhfftbkxl w’tiikxgmbx khftgvbèkx, cx mxgmx, tnmtgm jnx ytbkx lx ixnm, wx fx ktiikhvaxk wx vx jn'bel hgm ytbm. Bel fx mhblxgm wxinbl et vkêmx w’ngx ytetblx atnmx wx mkhbl vxgm fèmkxl, kxitlltgm exnk fhnlmtvax xg znbwhg wx wtgwr tlmaftmbjnx hn mémtgm ngx vbztkxmmx vteéx à e'tggnetbkx mtgwbl jnx wxinbl et ietzx xg vhgmkxutl, cx f’tiikêmx à tmmtjnxk et itkhb, itkéx wx fxl vhkwxl xm fxl ibhexml (tvaxmél à itl vaxk vaxs Wxvtmaehg, vtk cx exl ohnetbl khlxl xm obhexml). V’xlm ikévbléfxgm wtgl vxl fhfxgml-eà, jntgw cx mxgmx wx ukblxk et vktbx, w’r xgyhgvxk ex fémte wx fxl tvvxllhbkxl w'xlvtetwx uhg ftkvaé, jnx cx ikxgwl ng ftqbfnf wx ietblbk à mktotbeexk. Ctftbl cx g’tb xg mêmx ex mktotbe wxl tnmkxl ; vxnq jnx cx vhglbwèkx wblixgltuexl, ftnotbl. Fhg lxne vtkunktgm xlm e’xgobx wx ikélxgmxk jnxejnx vahlx wx vhgoxgtuex, wx kxgwkx ng ixn wx vx jnx c’tb kxçn, wx ex whggxk à w’tnmkxl.


C'est pour ces raisons qu'il me semble lourdement préjudiciable de suivre la progression de celles et ceux qu'on peine à apprécier, et dont on considère le travail comme un ramassis de conneries et de malhonnêtés. Pourquoi se mesurer à ceux qui font naître en nous de mauvais sentiments ? Je ne dis pas ça parce qu'on approche du grand chassé-croisé annuel de Bison Futé, mais seulement ambitionner de faire mieux qu’une personne tenue en piètre estime confère, au mieux, à la vulgarité d’un dépassement autoroutier.

Évidemment le paradigme de communication actuel nous jette parfois certaines informations en pleine figure. C'est écrit sur votre téléphone : tel apparatchik a encore publié un livre, telle startup opportuniste a encore levé dix millions. Cependant, la casse peut être limitée : il est plus simple qu'il n'y paraît, aujourd’hui, de désuivre, de bloquer. Que des personnes honnies puissent orienter votre production simplement parce que vous ne pouvez vous empêcher d’aller voir où elles en sont, ce qu’elles ont encore fait ; n’est-ce pas là une pensée pénible ? Et même, selon la valeur et l’importance que vous attribuez à vos occupations, une conséquence épouvantable ? Qui dit que sans leur influence nuisible, sans cette emprise que vous vous infligez, et qui d'une certaine manière vous rapproche d'eux, vous n’auriez pas fait largement mieux, ou même tout à fait autre chose ? Ce qui a le plus de valeur en nous, c’est notre individualité ; il convient de ne l’exposer qu'aux réactifs qui la développent et la déploient sans jamais l’altérer.

Sevrage électronique et misère humaine
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1. Lhg bwxgmbybvtmxnk wx kxllhnkvx (yhkmxfxgm hkbxgmé LXH), à ltohbk : /ahp-mh-jnbm-ytvxuhhd-mpbmmxk-bglmtzktf.amfe ghnl fhgmkx ubxg, xgvhkx ngx yhbl, à jnxe ihbgm exl zxgl lhnyykxgm.

 

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